Publiziert von: Mark Haltmeier
Bereitgestellt: 18.12.2011
Trois questions à M. Zeindler
Daniel Neeser
Le culte vicaire? Et l’Eglise?
La première proposition fait du culte un acte vicaire, mais sans préciser de qui ou de quoi il est vicaire. Je m’interroge d’autant plus sur le sens à donner à ce vicariat et à cette action divine que, par la suite, Zeindler déduit l’existence de l’Eglise de celle du culte, célébration en présence du ressuscité et promesse de son retour, et continue en énonçant que le culte est le centre du monde. Si le culte fait exister l’Eglise et qu’il est le centre du monde, je crains le passage logique à l’étape suivante: l’Eglise est le centre du monde!
Nous retrouvons une même aporie lorsque Zeindler, se référant à Karl Barth, déclare que «le culte de l’Eglise est l’opus Dei, l’œuvre de Dieu, qui a lieu pour lui-même». Aujourd’hui, en postmodernité, après les travaux d’anthropologues et de spécialistes du rite, vu la place fragile des Eglises dans nos sociétés, et face aux nouvelles problématiques posées par la laïcité, est-il encore possible de maintenir cette prétention?...
Dans un exposé à mes collègues, en 2010, le professeur D. Plüss énonçait: «Le culte n’est pas un rituel mais la parole adressée par Dieu et la réponse de la communauté. Cette structure de dialogue correspond à la vocation théologique de l’être qui se passe dans l’acte liturgique sans se laisser réduire à ce dernier. Ce dialogue entre Dieu et la communauté a lieu dans les vases d’argile du rituel liturgique». Au risque d’une Eglise ou d’un culte vicaire, je préfère cette perspective qui propose le vicariat de la Parole.
Le culte et la seigneurie du Christ
«Le culte existe parce que Jésus-Christ le veut»: Zeindler justifie cette volonté par le fait que Christ est le Seigneur de ce monde. Je ne pense pas que la seigneurie du pèlerin de Jérusalem se manifeste par le culte mais par la Parole de la croix. Je crains que nous soyons limités à une célébration «religieuse» de Dieu contre laquelle la Réforme s’est levée, car le culte véritable n’est-il pas de desserrer l’étau de la misère (économique, morale, spirituelle), de libérer les captifs et de renvoyer les riches les mains vides? Ne confondons pas écoute de la Parole et désir, contesté par le Christ, d’un Dieu fort, manifeste, puissant. On risque de réduire la seigneurie divine à une célébration, de séparer culte et action caritative, louange et diaconie, prière et pastorale, de spiritualiser la vie des témoins, de les retirer du «monde». N’oublions pas que les deux premiers récits de la vie de la première communauté (Ac 2,42ss et 4,32ss) comportent, dans un équilibre encore à trouver, l’écoute de la parole, la cène, les prières et la solidarité économique, et sont suivis, le premier par l’aumône d’un infirme mendiant et la comparution des apôtres devant les autorités de la ville, et le second par la fraude, le mensonge et la mort du couple Ananias et Saphira.
L’ekklesia
Quelle est cette ekklésia, à la prétention à couper le souffle de vivre dans son culte la réplique rituelle du monde à venir? Qu’est-ce qu’une réplique rituelle? Si, un temps, une telle ekklesia a jamais existé, ce temps est révolu et la faible participation à nos cultes ne saurait être invoquée pour leur trouver quelque vertu évangélique! Nous ne sommes plus dans une société chrétienne, spirituellement et théologiquement homogène, et nos cultes sont à l’aune de cette hétérogénéité. Cela pose la difficile question de la fonction actuelle d’un culte entre adoration de croyants et/ou évangélisation d’incroyants/non-croyants/sceptiques etc., ces divers «états spirituels» pouvant se trouver chez la même personne…
Cette communauté est-elle dans la droite ligne de l’enseignement de Jésus ou une idéalisation de la vie de l’Eglise primitive, le (beau) rêve orthodoxe de la liturgie du ciel sur la terre?
Zeindler fait clairement allusion à cette problématique quand il écrit que «la communion avec le Ressuscité n’existe que comme communion des fidèles». Mais si le culte est le lieu de la rencontre avec les autres, alors ces autres restent ou peuvent rester «autres», sur les plans de la foi et de la pratique ecclésiale (le culte rassemble, n’unifie pas!). Cela pose la question de l’être du corps célébrant d’aujourd’hui.
La première proposition fait du culte un acte vicaire, mais sans préciser de qui ou de quoi il est vicaire. Je m’interroge d’autant plus sur le sens à donner à ce vicariat et à cette action divine que, par la suite, Zeindler déduit l’existence de l’Eglise de celle du culte, célébration en présence du ressuscité et promesse de son retour, et continue en énonçant que le culte est le centre du monde. Si le culte fait exister l’Eglise et qu’il est le centre du monde, je crains le passage logique à l’étape suivante: l’Eglise est le centre du monde!
Nous retrouvons une même aporie lorsque Zeindler, se référant à Karl Barth, déclare que «le culte de l’Eglise est l’opus Dei, l’œuvre de Dieu, qui a lieu pour lui-même». Aujourd’hui, en postmodernité, après les travaux d’anthropologues et de spécialistes du rite, vu la place fragile des Eglises dans nos sociétés, et face aux nouvelles problématiques posées par la laïcité, est-il encore possible de maintenir cette prétention?...
Dans un exposé à mes collègues, en 2010, le professeur D. Plüss énonçait: «Le culte n’est pas un rituel mais la parole adressée par Dieu et la réponse de la communauté. Cette structure de dialogue correspond à la vocation théologique de l’être qui se passe dans l’acte liturgique sans se laisser réduire à ce dernier. Ce dialogue entre Dieu et la communauté a lieu dans les vases d’argile du rituel liturgique». Au risque d’une Eglise ou d’un culte vicaire, je préfère cette perspective qui propose le vicariat de la Parole.
Le culte et la seigneurie du Christ
«Le culte existe parce que Jésus-Christ le veut»: Zeindler justifie cette volonté par le fait que Christ est le Seigneur de ce monde. Je ne pense pas que la seigneurie du pèlerin de Jérusalem se manifeste par le culte mais par la Parole de la croix. Je crains que nous soyons limités à une célébration «religieuse» de Dieu contre laquelle la Réforme s’est levée, car le culte véritable n’est-il pas de desserrer l’étau de la misère (économique, morale, spirituelle), de libérer les captifs et de renvoyer les riches les mains vides? Ne confondons pas écoute de la Parole et désir, contesté par le Christ, d’un Dieu fort, manifeste, puissant. On risque de réduire la seigneurie divine à une célébration, de séparer culte et action caritative, louange et diaconie, prière et pastorale, de spiritualiser la vie des témoins, de les retirer du «monde». N’oublions pas que les deux premiers récits de la vie de la première communauté (Ac 2,42ss et 4,32ss) comportent, dans un équilibre encore à trouver, l’écoute de la parole, la cène, les prières et la solidarité économique, et sont suivis, le premier par l’aumône d’un infirme mendiant et la comparution des apôtres devant les autorités de la ville, et le second par la fraude, le mensonge et la mort du couple Ananias et Saphira.
L’ekklesia
Quelle est cette ekklésia, à la prétention à couper le souffle de vivre dans son culte la réplique rituelle du monde à venir? Qu’est-ce qu’une réplique rituelle? Si, un temps, une telle ekklesia a jamais existé, ce temps est révolu et la faible participation à nos cultes ne saurait être invoquée pour leur trouver quelque vertu évangélique! Nous ne sommes plus dans une société chrétienne, spirituellement et théologiquement homogène, et nos cultes sont à l’aune de cette hétérogénéité. Cela pose la difficile question de la fonction actuelle d’un culte entre adoration de croyants et/ou évangélisation d’incroyants/non-croyants/sceptiques etc., ces divers «états spirituels» pouvant se trouver chez la même personne…
Cette communauté est-elle dans la droite ligne de l’enseignement de Jésus ou une idéalisation de la vie de l’Eglise primitive, le (beau) rêve orthodoxe de la liturgie du ciel sur la terre?
Zeindler fait clairement allusion à cette problématique quand il écrit que «la communion avec le Ressuscité n’existe que comme communion des fidèles». Mais si le culte est le lieu de la rencontre avec les autres, alors ces autres restent ou peuvent rester «autres», sur les plans de la foi et de la pratique ecclésiale (le culte rassemble, n’unifie pas!). Cela pose la question de l’être du corps célébrant d’aujourd’hui.
