Un salut à l’EERS

IP-3-2021-Rita-Famos (Foto: Mark Haltmeier)

Après 165 jours dans sa nouvelle fonction, Rita Famos s’est adressée au synode de l’EERS. Elle a eu le temps de se familiariser avec sa nouvelle fonction qu’elle a reprise avec enthousiasme et énergie. Le risque serait cependant grand que l’enthousiasme, la joie ou le sentiment de responsabilité se transforment en un activisme qui ne profite ni à l’intéressé ni surtout à la cause. Se contenter de répondre ou de réagir fait perdre rapidement de vue les vraies questions et préoccupations. Nous n’avons pas seulement besoin d’idées, de résultats ou d’un agenda, mais aussi d’un travail intérieur qui nous aide à orienter nos plans sur ce qui est important pour nous.
Rita Famos
Mon travail intérieur se fait aussi par la réflexion sur des textes bibliques. (…) Il y a quelques semaines, un motet du compositeur argovien Friedrich Theodor Fröhlich m’a rappelé un verset de la Bible qui m’est resté: «N’aie pas peur, petit troupeau; car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume.»
Je sais que ce verset de l’Evangile de Luc (12, 32) peut facilement tromper. Je ne veux pas nous consoler avec l’idée un peu facile que «Small is beautiful» (Petit, c’est beau). Car en fait, nous ne sommes pas si petits que ça! Environ deux millions de personnes en Suisse sont de confession réformée. Globalement, nous sommes une Eglise d’une incroyable richesse, faisant partie d’une communion d’Eglises qui est en croissance à l’échelle mondiale. Non, il ne s’agit pas ici d’une description numérique, mais d’une description symbolique de la nature de l’Eglise. (…)

Une joyeuse modestie
La promesse du Royaume de Dieu s’adresse à un «petit troupeau», et non à une «institution puissante». Si ce troupeau est petit, ce n’est pas parce qu’il se replie sur lui-même et se croit aujourd’hui incompris du monde. Ce n’est pas non plus à cause du nombre de ses membres. S’il est petit, c’est que Dieu n’a pas besoin qu’il soit plus grand, plus important, pour faire venir son Royaume dans le monde. (…)
Comment pouvons-nous être Eglise pour que ce Royaume de Dieu rayonne déjà aujourd’hui dans le monde? Nos 2000 ans d’histoire nous montrent que nous n’y sommes pas mieux parvenus en tant qu’Eglise imbue de pouvoir et sûre d’elle-même, que sous une forme plus modeste, hésitante ou menacée. Ni le tournant constantinien, ni le chemin de Canossa, ni non plus le confessionnalisme du XIXe siècle sont des modèles pour notre manière d’être Eglise.
Ce qui m’inspire, ce sont les épisodes de notre histoire dans lesquels de petits mouvements, donc de petits troupeaux, ont commencé à faire une différence: la solidarité vivante des premières communautés chrétiennes, l’engagement autocritique à l’époque de la Réforme, l’Eglise confessante sous le régime nazi, les femmes qui commencèrent il y a cent ans à lutter pour leurs droits et pour l’égalité dans l’Eglise. Voilà notre tradition. En tant que «petit troupeau à qui est confié le Royaume de Dieu», en tant que «grain de moutarde, la plus petite de toutes les semences, qui devient un si grand arbre», en tant que «levain, qui fait lever toute la pâte», ou en tant que communauté de foi qui, avec Paul, sait que la puissance de Dieu se révèle dans la faiblesse.
Toutes ces images bibliques m’incitent, et j’espère nous incitent toutes et tous, à la modestie ainsi qu’à porter un témoignage joyeux et authentique à la Parole de Dieu là où nous sommes appelés.

Courage plein d’entrain
Le petit troupeau ne s’arc-boute pas contre le monde, il ne se tourne pas, craintif, vers le passé. Il sait que Dieu lui donne sa confiance pour que son Royaume vienne dans ce monde. Le monde tel qu’il est aujourd’hui n’est pour nous pas une menace, mais une chance. Le troupeau est curieux des voies et des sentiers que Dieu aimerait emprunter avec lui pour atteindre son but et lui faire don de son Royaume. Avec courage, il se met en route pour les villages ou les communautés où le Seigneur l’envoie. (…) Nous n’entonnons (donc) pas le chant du cygne, mais attendons impatiemment, ici et maintenant, le tournant de l’histoire que Dieu écrit avec son monde.
Si nous devenons plus petits et plus faibles institutionnellement, nous n’y voyons pas un signe comme quoi le Royaume de Dieu pourrait peut-être ne pas venir. Nous avons confiance en ce que Dieu, surtout dans le monde postmoderne actuel, n’a pas besoin d’une institution puissante pour nous faire vivre dans son Royaume ou pour changer le monde. Il a besoin de réseauteuses et de réseauteurs, de groupements issus de la base, de nouveaux lieux d’expérimentation. De chrétiennes et de chrétiens qui expriment en toute liberté dans le débat social ce qui les convainc et qui les anime.
Car même si nous ne faisons pas de politique, nous sommes politiques, au sens que nous nous investissons dans la polis, dans la vie publique. Nous ne nous replions pas dans la sphère privée, mais nous ne sommes pas non plus un parti politique ou une ONG. En tant qu’Eglise, nous offrons un espace entre vie publique et vie privée où des chrétiennes et des chrétiens se penchent sur les questions de notre temps, fondés sur leur projet de vie chrétien présentant alors leurs idées, leurs ébauches de solution au débat public, dans leur réseau ou dans leur milieu professionnel. Avec courage et entrain.

Espérance confiante
Les entreprises qui veulent rester viables s’offrent des start-up ou des lieux d’expérimentation. (…) Des start-up, des lieux d’expérimentation, il y en a déjà parmi nous. J’ai pu le constater en de nombreux endroits pendant mes premiers mois: ces lieux créatifs à Zurich et à Genève qui atteignent de nouvelles personnes. Grandes conférences participatives qui donnent le coup d’envoi à l’élaboration d’un nouveau règlement ecclésiastique et démontrent que le «sacerdoce universel» n’est pas une formule creuse. Une Nuit des Eglises qui, partout dans le pays, ouvre églises et temples à un vaste public faisant preuve de beaucoup d’esprit et d’imagination. Des lumières d’espérance qui brillent à travers toute la Suisse. Je suis confiante, car nous avons toutes et tous beaucoup à nous donner les uns aux autres. Et si nous apportons toutes et tous nos pains et nos poissons à notre repas, nous aurons tout ce dont nous avons besoin. Encourageons-nous donc les uns les autres, partageons nos meilleurs projets et idées, pour nous adresser ensemble à l’extérieur. (…)

Modestie – Courage - Espérance
Chers membres du synode, si nous prenons un peu de recul et que nous considérons les années de notre histoire commune de protestantes et de protestants en Suisse, nous découvrons soudain que toutes les générations ont eu leurs propres défis. (…) Et, Dieu merci: elles sont toujours parvenues à vivre leur diversité comme une différence enrichissante, à négocier démocratiquement leurs décisions et, dans la confiance en la Parole de Dieu, à porter leur propre regard sur les défis de leur temps.
C’est pourquoi, nous aussi, aujourd’hui: restons modestes, car Dieu fera de grandes choses à partir de nos modestes moyens. Gardons courage, car à chaque époque, Dieu offre de nouvelles chances à nous autres humains ainsi qu’à toute sa Création. Et, évidemment, soyons remplies et remplis d’espérance. Dieu veut nous offrir son Royaume, le meilleur reste à venir!
Bereitgestellt: 03.09.2021     Besuche: 46 Monat
 
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