(re) découvrir André Dumas

IP-4-2020-JEB <span class="fotografFotoText">(Foto:&nbsp;Mark&nbsp;Haltmeier)</span><div class='url' style='display:none;'>/</div><div class='dom' style='display:none;'>pfarrverein.ch/</div><div class='aid' style='display:none;'>77</div><div class='bid' style='display:none;'>3830</div><div class='usr' style='display:none;'>380</div>

Il était en son temps l’un des protestants les plus en vue en France. Professeur de théologie (éthique) à Paris, André Dumas (1918-1996) a aussi marqué son siècle, des combats de la résistance aux discussions sur l’avortement ou l’euthanasie. Stéphane Lavignotte, pasteur de la mission populaire à Montreuil et auteur d’une thèse sur André Dumas, montre dans un nouveau livre les incidences actuelles de la pensée et des engagements d’André Dumas.
JEB
C’est une vie passionnante et passionnée qu’a menée André Dumas, intimement mêlée aux grandes figures du protestantisme français. Tout jeune, il s’engage dans le terrible camp de Gurs pour sauver au moins quelques juifs de la déportation vers l’Allemagne et ses camps d’extermination. Lors de la libération, il est en discussion avec nombre de ses représentants et futurs ministres, comme il le sera d’ailleurs tout au long de sa vie, apportant une contribution décisive à la libéralisation de l’avortement (loi Veil de 1974). En dialogue dans les années soixante avec les représentants d’une humanisation du marxisme (entre autres Roger Garaudy qui malheureusement d’une conversion à l’autre – tout d’abord au catholicisme puis à l’Islam – finira par être condamné en 2003 pour avoir nié l’holocauste), André Dumas salue les tout débuts de l’écologie. Il est membre du comité exécutif de la très importante conférence œcuménique d’«Eglise et société» (1966) ou du comité de préparation de la conférence «Foi, science et avenir» de 1979 au MIT de Boston. Ses réflexions sur l’amour ou le couple pourraient ouvrir et enrichir la discussion queer ainsi que le suggère Lavignotte, lui-même engagé dans nombre de discussions éthiques actuelles.

Enracinements théologiques
Les allers et retours entre l’Allemagne et la France provoquent d’intéressantes digressions et déplacements, ainsi la réception de Karl Barth en France. C’est tout autant le pasteur rouge de Safenwil (voir Georges Casalis, un collègue de Dumas à la faculté de théologie à Paris) que le Barth de l’humanité de Dieu (1956) qui marquent André Dumas. Mais André Dumas est en France le premier à avoir consacré un livre à Dietrich Bonhoeffer, ces réflexions des années 50 se mêlant ensuite à la réception de l’existentialisme ou au débat avec le marxisme des années 60.

Habiter la vie
C’est un oui à la vie dans sa spontanéité que Dumas défend dans la dynamique de Nietzsche, mais enraciné dans Bonhoeffer. Dieu ne se trouve pas aux confins, mais au milieu de la vie, il n’est pas au-delà mais au-dedans du monde. Dumas est toujours soucieux des situations et du dialogue avec nombre de spécialistes, de personnes concernées ainsi qu’avec un large public avec qui de nombreux médias le mettent en relation (du grand journal Le Monde à Paris Match). Son engagement pour une libéralisation de l’avortement (il parle plutôt d’humaniser la loi que de la libéraliser) s’origine dans la rencontre de nombre de femmes (et de médecins) concernées.

Reconnaître la détresse
Dumas se défend des simplifications moralisatrices ignorant la complexité des problèmes. Il faut penser l’éthique depuis l’en bas des réalités plutôt que de l’en haut des principes. La morale, c’est le courage de prendre une position au cœur de la complexité de la réalité. En rapport à la crise écologique, Dumas en vient plus tard aussi à penser à tout ce que l’animal nous invite à changer à notre humanité. De l’avis du journaliste alors témoin, Dumas était le plus intimement concerné par les souffrances animales. Il ne faut pas, disait-il, s’habituer à la souffrance et ne pas considérer les animaux comme de simples mécaniques.

Ecologie
S’il faut se refuser à tout ce qui déshumanise l’humain, il faut aussi renoncer à l’accumulation incessante, rompre avec les approches individualistes et redécouvrir les responsabilités globales. C’est à un nouvel ascétisme «pro-mondain», tenant à la fois compte de l’espace limité, du temps court et de la convivialité pour que la vie soit pour tous une bénédiction qu’en appelle André Dumas. La morale n’est pas faite de principes régulateurs, mais de décisions concrètes, devant souvent choisir non entre le bien et le mal, mais bien entre le mal et le moins mal. Quand il y a détresse, on peut toujours détourner la tête et le cœur pour se réfugier dans des principes. Mais alors, y a-t-il encore une bonne nouvelle de l’Evangile?

Reconnaissance
André Dumas était surtout un philosophe et un incroyable artiste de la langue française qui toujours trouvait des formulations lumineuses.
Il était généreux, optimiste, curieux de tout, modeste et empathique. Sentinelle responsable au sein de ce monde troublant, l’Eglise existe pour porter la réalité du monde. Dépréoccupée d’elle-même, elle prend en charge les contradictions terrestres et lutte pour les ordres de Dieu. Peut-être nous faut-il apprendre à vivre sans absolu en détournant le regard humain du lointain vers le prochain, pour apprendre à vivre fraternellement.
Tel était le message d’André Dumas. Merci à Stéphane Lavignotte de nous l’avoir rappelé.

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1) Stéphane Lavignotte, André Dumas, habiter la vie, Genève, Labor et Fides 2020, 368 p.
2) Deux livres qu’il a écrit en commun avec sa femme, Francine Dumas-Buss: L’amour et la mort au cinéma, Labor et Fides 1983, et Marie de Nazareth, Labor et Fides 1989.
3) Stéphane Lavignotte, Au-delà du lesbien et du mâle: la subversion des identités dans la théologie queer d’Elisabeth Stuart, Paris, Van Dieren, 2008. Lavignotte a aussi été membre du parti des verts jusqu’en 2001, qu’il a alors quitté pour le mouvement Ensemble!. Son épouse, Véronique Dubarry a été adjointe (écologiste) de l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë.
4) André Dumas: Une théologie de la réalité: Dietrich Bonhoeffer, Genève, Labor et Fides, 1968.
5) Un article central de Dumas s’intitule «Crise écologique et doctrine de la création» et date déjà de 1974.
6) Marc Ullman, en 1980.
Bereitgestellt: 20.11.2020     Besuche: 94 Monat
 
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