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La résurrection dans le service funèbre

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Pour commencer, j’aimerais revenir sur un article paru au printemps dernier, peu avant Pâques, dans divers journaux suisses. Il s’agit d’un entretien avec le professeur émérite renommé Othmar Keel, qui avait célébré son 80e anniversaire peu auparavant.
Christoph Stebler
Le titre avait quelque chose de racoleur: «Non, je ne crois pas en un au-delà» [1]. Dans la discussion elle-même, les propos sont plus nuancés. A la demande du journaliste Michael Meier «Vous ne croyez pas en un au-delà?», Othmar Keel répond: «Non, pas vraiment». Et de préciser: «Je pense qu’à ma mort je retournerai à la nature, comme la feuille morte qui tombe de l’arbre, dont je suis une partie – pour reprendre l’image du Siracide.» Il poursuit: «Cette idée est très répandue de nos jours, si l’on pense à tous ceux qui souhaitent que leurs cendres soient dispersées sous un arbre».
La suite de l’interview ne laisse aucun doute sur le fait que la résurrection ne représente pas pour Othmar Keel un enjeu personnel. Cela tient aussi à l’image que le bibliste se fait de Dieu: «Pour moi, prétendre que nous devons vivre éternellement relève de l’arrogance. C’est comme penser que Dieu s’occupe de nous. Lorsque l’on considère l’univers dans sa grandeur incommensurable – comment croire que Dieu prend soin de chacun de nous? Cela me semble présomptueux: on se prend trop au sérieux.»
Je suis d’accord avec Keel dans la mesure où je conviens que je me prends sans doute moi-même trop au sérieux. Cependant, je crains aussi que Keel ne prenne pas Dieu suffisamment au sérieux. Plus loin dans le texte, il assimile le Dieu qu’il prie encore par habitude au «destin» ou à la «nature».
Dans son idée de Dieu, il ne semble pas y avoir de place pour le Dieu vivant qui a créé les hommes à son image et qui va à leur rencontre – concept qui, j’en conviens volontiers, contient beaucoup de mystère et dont je n’ai maintenant qu’une connaissance limitée, pour le dire avec Paul (1 Cor. 13,12).
L’interview de Othmar Keel a suscité bien des réactions. Matthias Zeindler, professeur titulaire de dogmatique à l’Université de Berne, lui a consacré un article de blog [2] dans lequel il a commenté et heureusement remis en question certaines de ses affirmations.
J’ai toutefois été surpris d’y lire qu’à la lumière du message biblique, le «scepticisme à l’égard d’une croyance en une résurrection personnelle» se justifie. Je peux comprendre cela dans le contexte de l’Ancien Testament. Mais sous l’angle du Nouveau Testament, il en va autrement. Si l’on comprend la résurrection de Jésus comme un «projet pilote» en vue de la résurrection eschatologique de tous les hommes, comme le faisait déjà Paul, la dimension personnelle ne peut pas être tout simplement balayée. En 1 Cor. 15,20, Paul dit du Christ qu’il est les «prémices». Cela signifie que d’autres ressuscités le suivront.
Les rencontres du Ressuscité avec ses disciples sont éminemment personnelles. Marie Madeleine au tombeau, la première, puis les disciples d’Emmaüs, Thomas qui doute avant de croire et enfin Pierre – tous vivent, selon les Ecritures, une rencontre de personne à personne entre le Christ Ressuscité et eux-mêmes, une expérience profondément individuelle, qui les touche dans leur for intérieur.
Cette rencontre a, en tout premier lieu, le pouvoir de changer la vie ici-bas.
Les Evangiles et les Actes des Apôtres montrent clairement que les disciples abattus ont été transformés par la rencontre avec le Ressuscité et par le don du Saint-Esprit.
Du groupe de disciples terrifiés, traumatisés par l’exécution de leur maître, est issu un mouvement engagé et courageux qui a manifestement laissé des traces durables dans l’histoire. Partout où des gens se sont laissé guider par les paroles et les actes du seul Jésus, ils ont fait le bien et continuent de le faire aujourd’hui encore, cela est indéniable.
Le pasteur et poète Kurt Marti devait certainement lui aussi être empli de cette foi lorsqu’il écrivit son fameux poème sur la résurrection, que je souhaite citer en entier:
vous demandez
à quoi ressemble
la résurrection des morts?
je ne le sais pas

vous demandez
pour quand est-elle
la résurrection des morts?
je ne le sais pas

vous demandez
existe-t-il
une résurrection des morts?
je ne le sais pas

vous demandez
n’existe-t-il
pas de résurrection des morts?
je ne le sais pas

je sais
seulement
ce que vous ne demandez pas:
la résurrection de ceux qui vivent

je sais
seulement
ce à quoi Il nous appelle
à la résurrection aujourd’hui et maintenant [3]

Je viens de dire que Kurt Marti était certainement empli de cette foi. Cependant, il n’est pas question de foi dans ce poème, seulement de connaissance et de non-connaissance. La «non-connaissance», tout le monde la comprend: qui d’entre nous pourrait «savoir» quand et comment sera la résurrection des morts?
Toutefois, le poème se termine par deux affirmations, que Kurt Marti formule certes comme relevant de la «connaissance», mais qui sont à strictement parler des déclarations de foi:

je sais / seulement / ce que vous ne demandez pas: / la résurrection de ceux qui vivent

je sais / seulement / ce à quoi Il nous appelle / à la résurrection aujourd’hui et maintenant

Cette foi en la résurrection de ceux qui vivent, en l’appel à la résurrection aujourd’hui et maintenant, Kurt Marti la confesse quand bien même, usant de la liberté du poète et pour la beauté du style, il en parle comme d’une connaissance.
Il s’agit donc bien, ici, d’un discours sur la résurrection, la résurrection pour le monde d’ici-bas, pour notre vie ou, pour reprendre la citation, «la résurrection aujourd’hui et maintenant.»
Deux questions doivent encore être examinées: premièrement, la résurrection a-t-elle un caractère personnel et, deuxièmement, cette résurrection a-t-elle sa place dans le sermon funèbre? Pour moi, la réponse est deux fois «oui».
Kurt Marti nous dit qu’«Il nous appelle». Il y a donc quelqu’un qui appelle les hommes «à la résurrection aujourd’hui et maintenant». Et nous tous – individuellement et ensemble –, nous répondons à cet appel par une résurrection personnelle dans ce monde et dans la vie présente.
Le discours sur cette résurrection a-t-il sa place lors du recueillement devant la tombe et dans le sermon funèbre?
Absolument! Les moments de grande désorientation, les adieux à un être cher, la perte et le deuil, nous amènent à nous tourner vers l’essentiel. Qu’est-ce qui fait notre humanité? N’est-ce pas la communauté, l’amour, la charité et la fraternité? Ce sont autant de sources d’où peut jaillir la force d’une résurrection aujourd’hui et maintenant au service des autres qui sont dans le besoin dans ce monde-ci.
Le message de la résurrection est toujours d’actualité, plus encore: il est vital. Il est nécessaire à notre vie et en tant que message vécu, il confère à l’Eglise sa raison d’être.
Cela étant dit, une nouvelle question se pose: le discours sur la résurrection doit-il – comme dans le poème – se limiter à l’ici-bas? Ne faut-il rien dire de plus, parce que nous n’en savons rien de plus, tout au moins pas de par notre raison?
Que faire alors, lorsque – comme cela m’est arrivé récemment – la famille endeuillée demande d’intégrer au service funèbre la chanson en dialecte du chanteur populaire autrichien Andrea Gabalier «Amoi seg ma uns wieder». «Nous nous reverrons un jour», dit-elle. Et aussi: «Lorsque ton cœur s’arrête de battre et que tu t’envoles vers les anges».
Il faut reconnaître une motivation personnelle à Gabalier: son père se serait suicidé quand il avait vingt-deux ans et deux années plus tard, sa sœur cadette est également décédée.
Sa chanson, apportée sur un CD et passée durant la cérémonie, a été reprise en chœur par certains membres de la famille en larmes.
Si nous ne pouvons pas dire les choses ainsi lors d’une cérémonie d’adieu, avec quelles paroles pouvons-nous dire la résurrection, quels mots pour exprimer ce que nous ne pouvons pas savoir, mais qu’en tant que porteur du message théologique nous pouvons néanmoins offrir aux personnes qui nous sont confiées?
La Bible est-elle vraiment aussi muette lorsqu’il s’agit d’envisager la vie après la mort?
Comment parler de manière authentique et crédible de la résurrection dans le sermon funèbre?
Les rencontres du Ressuscité avec ses disciples sont le fondement des résurrections futures, comme l’apôtre Paul en parle aussi en 1 Cor. 15. Cet évènement à venir sera tellement différent de ce que nous pouvons imaginer que Paul doit sans cesse recourir à des métaphores.
Il compare notre corps mortel à la semence qui doit aussi mourir. En regard de notre corps terrestre, animal (psychique), il place un corps spirituel (pneumatique). Les deux sont aussi dissemblables que l’est la graine par rapport à l’arbre qu’elle produit. Aussi, Paul insiste-t-il sur le fait que ce corps ressuscité sera d’une tout autre nature:
Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Le corps est semé corruptible; il ressuscite incorruptible;
il est semé méprisable, il ressuscite glorieux; il est semé infirme, il ressuscite plein de force;
il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel. S’il y a un corps animal, il y a aussi un corps spirituel. (1 Cor. 15, 42-44)
L’exégèse récente tend à souligner que ce corps ressuscité existe tant dans la continuité que dans la discontinuité du corps terrestre. Là aussi, il y a correspondance avec le corps ressuscité du Christ tel qu’il est décrit dans les Evangiles.
Paul n’exclut donc en aucune façon la dimension personnelle de la résurrection.
Il est toutefois également intéressant de voir comment il parle de sa propre mort. Les termes dans lesquels il s’exprime en Philippiens 1 me séduisent par leur sobriété et leur simplicité, par l’absence de toute spéculation. Seule compte la relation qui le porte et à laquelle il se tient: Je suis pressé des deux côtés: j’ai le désir de m’en aller et d’être avec Christ (Phil. 1, 23a).
M’en aller et être avec le Christ. C’est dans cette simplicité que Paul voit sa propre mort.
Etre avec le Christ qui l’a appelé, alors que lui et les siens le combattaient, être avec le Christ qui – pour reprendre les mots de Kurt Marti – lui a offert sa propre «résurrection aujourd’hui et maintenant», ce Christ qui sera prêt pour que Paul puisse être avec lui.
Devons-nous en dire plus, lorsque nous sommes amenés à annoncer la résurrection face à la mort? Peut-être que oui. Mais cela nous ramènerait toujours à l’essentiel: que nous confions notre vie «aujourd’hui et maintenant» et en toute éternité à ce Christ, que nous la remettons entre les mains de Dieu.
Là où, suivant Wittgenstein, les scientifiques doivent se taire, les poètes ainsi que les pasteurs – à mon avis – ont encore beaucoup à dire. Au royaume de la foi et de la confiance, il y a encore beaucoup de place pour l’espérance, l’amour et le souffle créateur.
Nous ne sommes pas obligés de croire ce qui heurte notre raison. Mais nous pouvons, prudemment, nous ouvrir à une réalité qui dépasse – mieux: qui doit dépasser – toutes nos expériences humaines. Qui doit dépasser même notre raison. La réalité est plus que ce que nous voyons avec nos yeux. Il y a quelque chose au-delà de la froide réalité de la mort qui fait irruption dans notre monde et nous touche tous.
Je prétends que le discours devant la tombe et notre prédication lors d’un service funèbre devraient rendre perceptible une part de cette réalité. En tant que pasteurs, nous avons pour mission de participer à ce discours public. Il n’y a pas que la vision matérialiste du monde qui vaille.
Mais je mets aussi en garde – ici à nouveau en tant que théologien pratique: laissons aux personnes qui nous sont confiées, aux proches endeuillés, leur vision des choses, prenons-les au sérieux et ne leur assénons pas des vérités bibliques.
Dans mon travail d’accompagnement de pasteurs débutant dans le ministère, j’ai parfois eu l’impression que les sermons tournaient par trop autour de la mort et du deuil. Comme si la foi chrétienne n’avait de sens qu’aux frontières de la vie. Ce sentiment est renforcé par le fait que bon nombre des personnes qui se sont distancées de l’Eglise y reviennent au moment où les thématiques de la mort et du deuil les interpellent.
Mais Dieu – selon les paroles mêmes de Jésus – est le Dieu des vivants, et non des morts.
C’est pourquoi, au-delà de toute théorie eschatologique, le plus important dans un service funèbre me semble être de montrer où nous pouvons rencontrer Dieu ici-bas. La résurrection aujourd’hui et maintenant – comme les mots de Kurt Marti nous le rappellent en permanence.
En prenant au sérieux les vécus et les destinées humaines tortueuses – comme le fait aussi la Bible –, nous servons les proches des défunts et révélons les traces que Dieu laisse dans leur vie.
Pour le reste, la Bible nous offre un trésor de métaphores propres à décrire l’indescriptible. «Etre avec le Christ», dit Paul, et le voir «face à face» (1 Cor. 13,12).
Jésus parle des demeures dans la maison de son père (Jean 14,2).
Un «ciel nouveau et une terre nouvelle» (Ap. 21,1) nous sont promis, où Dieu «essuiera toute larme de leurs yeux» (Ap. 21,4) et où il n’y aura plus de douleur.
C’est à cela que je crois, et c’est cela qui me motive à parler de la résurrection qui se produit déjà «aujourd’hui et maintenant» et qui nous est aussi offerte au-delà de la mort.
Je souhaite conclure en citant une personne qui ne fait pas partie du sérail des théologiens, quelqu’un qui s’est employé à changer le monde pour le rendre meilleur, une figure de proue de la gauche suisse. Je parle de Jean Ziegler, conseiller national et auteur de nombreux livres, sans doute plus lus dans les pays du Sud que chez nous. Je pense que l’on peut dire que Jean Ziegler a saisi ce que signifie la «résurrection aujourd’hui et maintenant».
Comme on lui demandait s’il était croyant, Jean Ziegler répondit: «Je crois en la providence, car elle s’est manifestée dans ma vie. Je crois en la résurrection et je crois que la mort n’est pas la fin, mais le début d’une existence nouvelle, totalement autre.» [4]

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[1]»  www.tagesanzeiger.ch/leben/gesellschaft/Nein-ich-glaube-nicht-an-ein-Jenseits/story/28565425 [en all.], consulté le 15.9.2018

[2]»  www.diesseits.ch/ich-glaube-nicht-an-ein-jenseits/ [en all.], consulté le 15.9.2018

[3] Marti, Kurt. Leichenreden. Dt. Taschenbuch, München (Erstausgabe 1969) 2004, 25 [en all.] ; trad.: » www.theovie.org/A-Theovie/Resurrection-quoi-en-penser, consulté le 9.1.19;

[4]»  www.tagesanzeiger.ch/schweiz/standard/Jeden-Tag-wird-Jesus-gekreuzigt/story/23871422 [en all.], consulté le 30.10.2018
Autor: Mark Haltmeier     Bereitgestellt: 08.03.2019    
 
aktualisiert mit kirchenweb.ch