Conflit de pouvoirs, un aperçu

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La conférence du 7 septembre 2018 à Zurich a rencontré un large écho: une centaine de participants, un quart de pasteurs, un quart de conseillers paroissiaux, un cinquième de responsables administratifs, cinq diacres (dont deux dans le groupe de préparation), une catéchète, des représentants des plus hautes instances des Eglises cantonales et de l’institut «Zentrum für Kirchenentwicklung» de l’université de Zurich, deux représentants de la Suisse romande, un médiateur... Explosifs ou apaisés, des mots ont été échangés dans un effort volontaire d’identifier les conflits et de cultiver le dialogue. Compte-rendu.
Jean-Eric Bertholet
L’heure est aux mégafusions et aux mots d’ordre tels que professionnalisation, économisation, restrictions budgétaires, diversification des métiers d’Eglise; dans plus d’une paroisse, la pression sur les équipes est tangible. Faut-il parler de «pouvoir», de «leadership spirituel», ou de «pouvoir créatif», selon les mots de Werner Näf lors de son allocution de bienvenue? Dans l’affirmative, qu’est-ce que cela signifie pour les différentes professions, les différentes équipes?

Plaintes connues
La conférence a débuté dans l’émotion et l’humilité. Du côté de l’administration, les pasteurs ont été qualifiés de combattants solitaires et chaotiques. Avec des diacres de formations disparates, des équipes groupant catéchètes, sacristains, organistes et stagiaires, les tâches de direction ne deviennent que plus difficiles. Il n’existe pas de génie universel et omniscient, et les éminences grises font partie du problème. Les pasteurs ont-ils le monopole du Saint-Esprit?
Une organisation collégiale n’a pas de chef. Mais alors, comment répartir le pouvoir entre les collaborateurs, le Conseil de paroisse et le Synode? Qui représente l’Eglise envers l’extérieur, le pasteur ou la présidente du Conseil de paroisse, cible de toutes les critiques?
Les évidences d’autrefois sont en grande partie perdues et la «rupture avec la tradition» suscite des regrets. Les secrétariats paroissiaux doivent faire face aux demandes tant de l’extérieur (paroissiens mécontents, information du public) que de l’intérieur, « de nous-mêmes».
Un autre danger provient des processus et des structures rendus inutilement compliqués. Trop de complexité empêche de travailler efficacement et étouffe la vie paroissiale.
Comment se rencontrer sur un pied d’égalité, clarifier les compétences et les responsabilités? Quelle est la souplesse nécessaire et comment promouvoir la confiance mutuelle ainsi qu’une culture de délégation?
La question de la hiérarchie et celle des compétences en matière de nomination ont également été abordées, de même que la problématique de la détention de savoirs spécifiques. Le savoir est aussi un instrument de pouvoir, retenir des informations une forme d’abus de pouvoir.

Définitions et structures
Suffit-il de quelques définitions et structures pour résoudre tous les problèmes?
Quelle est la fonction du «ministère»? La Confessio Augustana institue le ministère de tous les baptisés et le point de vue évangélique comprend le ministère comme un service et le définit par sa fonction. De même que les talents sont divers, les aptitudes sont différentes et organiser les services relève de l’ordre du monde, comme le disait Luther. Dans notre pays et dans la tradition réformée, le pouvoir institutionnel s’entend exclusivement comme limité dans le temps, fondé sur le consensus et la communication. Mais cela, il est vrai, plutôt depuis le XIXe siècle que depuis les débuts de la Réforme!
Les tensions qui apparaissent entre les détenteurs de diverses compétences dans le cadre d’une gouvernance de paroisse basée sur le partenariat sont en partie dues à la professionnalisation des services. Il convient aussi de distinguer entre les connaissances professionnelles et des connaissances plus occultes, réservées à certaines catégories de personnes. D’autre part, cependant, il n’est pas possible de tracer une ligne de démarcation claire entre les différents ministères et il est souhaitable que celle-ci reste perméable. Une paroisse ne se gère pas sans un fondement théologique, mais pas non plus sans une administration.
Les représentants romands firent valoir que le point crucial ne réside peut-être pas tant dans les structures que dans le style d’administration. Qu’entend-on par «leadership en Eglise», en comparaison avec des modèles profanes? Les structures ne sont jamais neutres et il convient de porter l’interrogation davantage sur les valeurs et les visions, et sur la mission.
Les structures et les processus doivent promouvoir une collaboration fondée sur la confiance.

Pondération des pouvoirs
La CEPE (Communion d’Eglises Protestantes en Europe) souligne trois aspects du pouvoir: synodal (dans une Eglise participative, le pouvoir appartient aux paroisses), collégial (résultat d’un dialogue, sans monopole; n’appartenant ni au Conseil de paroisse, ni au corps pastoral,… ni à l’organiste, a-t-on ironisé) et personnel. En fin de compte, le pouvoir s’exerce en effet aussi de manière «personnalisée» et relève de la responsabilité propre de chaque individu, de sa conscience…
Une telle attitude est exigeante et nécessite du temps.
Est-il nécessaire de distinguer entre les niveaux stratégique et opérationnel? Quel est le rôle des responsables d’équipe, ne doivent-ils pas simplement présider le collège des collaborateurs égaux en droit? La paroisse doit-elle être dotée d’une direction centralisée ou polycentrique?
Dans une culture de la confiance, la délégation de responsabilités prend un autre sens et nul n’est besoin d’éminences grises. Les compétences sociales, en revanche, sont particulièrement demandées.

Suite de la démarche
Le comité d’organisation, qui repose sur une large base, attend les retours des participants d’ici début janvier. Les divers groupes professionnels sont également invités à faire part de leurs commentaires et initiatives. Les responsables de la formation des pasteurs indiquent vouloir unir leurs forces au-delà des barrières linguistiques, et les représentants des différents groupes professionnels veulent faire un pas les uns vers les autres. Des rencontres comme celle de Zurich sont en outre envisagées à l’échelle régionale.
Les premiers pas ont donc été faits. D’autres suivront, espérons-le.

Cette rencontre a été organisée par le comité de la SPS en collaboration avec l’institut «Zentrum für Kirchenentwicklung» de l’université de Zurich. Des remerciements particuliers s’adressent à Werner Näf, membre du comité, qui travaille depuis de nombreuses années sur ce sujet.
Autor: Mark Haltmeier     Bereitgestellt: 23.11.2018    
 
aktualisiert mit kirchenweb.ch