La place de la religion dans la coopération au développement

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Dans le contexte actuel, il ne se trouve sans doute plus personne pour réfuter l’importance des facteurs culturels et religieux dans les processus sociopolitiques. Les religions sont le ferment de visions du monde et de la vie; elles sont un facteur de cohésion et de polarisation, et participent ainsi à la construction de la société. En d’autres termes: «Religion matters - la religion compte!»
Anne-Marie Holenstein
Un long chemin a dû être parcouru avant que la coopération au développement accepte cet état de fait. Elle dut auparavant se défaire du tabou dans lequel – comme l’avait démontré le sociologue Alan Verbeek en 2000 – elle avait enfermé le facteur religieux. La théorie des degrés en vogue au XXe siècle, selon laquelle la modernisation conduit à l’obsolescence de la religion, ainsi que la laïcisation des organisations de coopération au développement et l’analphabétisme religieux croissant de son personnel avaient favorisé cette attitude.
En Suisse, les œuvres d’entraide et la DDC ont entamé dès 2003 un intense processus de réflexion à ce sujet, auquel ont été invités des organisations laïques et confessionnelles ainsi que des collaborateurs de la DDC.

Accepter et gérer l’ambivalence
Centrées sur la pratique, les discussions ont notamment porté sur l’ambivalence tout humaine qui caractérise le rapport à la religion. De par leur doctrine, leur influence sur leurs membres et leurs moyens souvent considérables en termes de finances et de personnel, les religions sont des forces qui orientent la construction de la société et favorisent aussi bien la cohésion que la polarisation. La religion porte en effet en elle le risque d’être instrumentalisée à des fins idéologiques et politiques.
La coopération au développement doit tenir compte de ces forces dans tous ses domaines d’activité et clarifier ses possibilités d’actions. Une telle démarche exige des compétences interculturelles au niveau de l’institution, de la direction opérationnelle et du personnel.
La discrimination générale de l’islam comme «religion guerrière, incapable de se renouveler», à l’opposé de la glorification tout aussi critiquable d’autres religions – par exemple le bouddhisme soi-disant «pacifique» – montre à quel point il importe de prendre au sérieux l’attitude humaine fondamentalement ambivalente face aux convictions religieuses, et qu’il convient de faire front contre toute forme d’essentialisme et d’instrumentalisation du religieux. Cela, nota bene, non seulement dans la coopération au développement, mais aussi dans notre propre contexte confédéral.

Analyses contextuelles sensibles aux dimensions culturelles
On ne saurait trop le souligner: les cultures et les religions ne sont pas d’ordre essentialiste. Elles sont des éléments de la trame socioculturelle locale, constituée également des trois niveaux de la vie individuelle – recherche de sens, style de vie, pratiques de la vie quotidienne – et des valeurs sociales et politiques qui fondent la vie en commun. Cela signifie que les religions ne devraient pas être analysées en tant que facteurs isolés ou composantes autonomes. Leur influence, positive ou négative, ne peut être déterminée qu’en partant d’une compréhension globale de leur interaction avec les facteurs socioculturels, économiques et politiques coexistant dans le contexte considéré.

Expérience acquise dans la coopération au développement
Pour réaliser ces analyses contextuelles, la coopération au développement a développé un langage et une culture de perception et d’interprétation fondés sur des méthodes éprouvées. Elles permettent non seulement d’étudier différents facteurs déterminants pour le travail de coopération, mais aussi d’évaluer les chances et les risques inhérents à des facteurs religieux dans un contexte donné. En outre, elles peuvent fournir des lignes directrices en cas d’instrumentalisation de la religion à des fins politiques.
Parmi ces méthodes, mentionnons l’approche «Do No Harm» et ses principes de «connecteurs» et «diviseurs». Elle consiste à identifier, par étapes successives, d’une part les éléments rassembleurs ou les capacités locales de promotion de la paix et du développement et, d’autre part, les facteurs de dissension ou les sources de tensions, ainsi que ce qui en est la cause.

La culture religieuse comme compétence professionnelle
En plus des connaissances de base sur les religions, qui font partie de la culture générale, le personnel des organisations de coopération devrait être capable de reconnaître, avec la sensibilité culturelle nécessaire, les forces religieuses ainsi que les visions du monde spirituelles et religieuses qui sont à l’œuvre dans leurs différents domaines d’activité, et notamment l’influence de la religion dans la vie quotidienne et dans les croyances populaires. Cette culture religieuse («Faith Literacy») peut s’avérer un facteur déterminant également dans les programmes à dominante technique tels que ceux qui concernent l’eau, l’agriculture ou la sécurité alimentaire.
L’acquisition de ces compétences religieuses permet de comprendre que la perception des phénomènes socioculturels et religieux est individuelle et influencée par les propres cartes cognitives de chacun. Les filtres de représentations mentales et les préjugés doivent être déconstruits par un travail de réflexion sur sa propre socialisation en matière sociale, culturelle et religieuse ou non religieuse.
Il serait intéressant de reporter l’expérience acquise par la coopération au développement sur les problématiques qui agitent actuellement la politique suisse.
Autor: Mark Haltmeier     Bereitgestellt: 09.03.2018    
 
aktualisiert mit kirchenweb.ch