De l’avenir de l’image du pasteur dans un environnement en profonde mutation

IP-4-2024-Melanie-Muhmenthaler (Foto: Mark Haltmeier)
Quelques réflexions sur l’évolution de l’image du pasteur et sur les défis à relever alors que l’Eglise se transforme durablement.
Mélanie Muhmenthaler
Il y a de cela un peu plus de six mois, j’ai pris mes fonctions de responsable de la formation continue des pasteurs au sein de l’Eglise réformée Berne-Jura-Soleure, après avoir officié une décennie durant comme pasteure.
Quelle formation continue sera utile aux pasteurs? De quoi ont-ils besoin dans leur quotidien pour les aider à relever les défis inhérents à leur activité pastorale, mais aussi ceux liés à l’évolution de la société, au changement de l’image de la profession et de l’Eglise, tout cela à une époque où les ressources humaines et financières font défaut?
Ces questions, je me les posais déjà alors que je travaillais comme pasteure. Dans ma nouvelle fonction, elles sont plus actuelles que jamais.

Une situation complexe
Les compétences professionnelles ne laissent pas à désirer: ce qui a été acquis durant les études, la formation ecclésiastique, les stages et le vicariat, puis approfondi lors de formations continues pendant les premières années de ministère, me semble solide. Ce qui me préoccupe, ce sont les questions complexes concernant le rôle de la profession, l’évolution de la paroisse et le travail en équipe avec d’autres employés ecclésiastiques et les autorités. Mais aussi les questions touchant à la collaboration entre les pasteurs et les autorités bénévoles, ou celles en lien avec les ressources humaines et financières en baisse qui augmentent la pression sur les paroisses, les pasteurs et les Eglises cantonales.

Le rôle des pasteur-e-s
Tous les pasteurs – quel que soit leur âge – se posent probablement ce genre de questions. En effet, depuis quelque temps, il est manifeste que le rôle du pasteur change: ce n’est plus la fonction qui porte la personne, c’est la personne qui porte la fonction. Un véritable défi pour tout pasteur, qu’il soit novice ou expérimenté. Assumer le rôle de pasteur n’est plus une évidence, le prestige décline, la pertinence sociale aussi. Le/la pasteur-e suscite d’innombrables attentes, souvent inexprimées, parfois irréalistes. Reste que nous n’avons pas le pouvoir de changer ni les tendances sociales ni l’évolution démographique, nous pouvons tout au plus apprendre à les gérer.

Un métier dans lequel s’épanouir
Si le métier de pasteur constitue un défi, je considère que c’est aussi une profession dans laquelle on s’épanouit. Bien souvent, de par leur nature, les pasteur-e-s sont très motivés, la réalité dans la paroisse peut alors d’autant plus être perçue comme démoralisante.

Compétence, esprit d’équipe... mais sans profession
Nombreux sont les pasteur-e-s qui préfèrent travailler à temps partiel, et nombreuses les paroisses qui ne proposent plus que des postes à temps partiel. De moins en moins de pasteur-e-s s’installent à la cure, préférant un logement privé – ce que les paroisses mettent à profit en réaffectant, voire en vendant leurs biens immobiliers. Plusieurs Eglises cantonales revoient l’obligation de résidence. Aprement discuté mais souvent déjà mis en place: le recours à un système de saisie du temps de travail et une délimitation stricte des tâches du ministère. Ce sont là autant d’indices qui montrent que la conception du professionnalisme et du rôle «total» – dans lequel les pasteur-e-s ont longtemps été cantonné-e-s – s’estompe. Aujourd’hui, on ne peut plus attendre d’un pasteur qu’il soit «toujours» disponible. Pourtant, j’ai l’impression que c’est ce que pensent bon nombre de nos paroissiens. Telles sont les contradictions, parmi d’autres, auxquelles de nombreux pasteurs sont confrontés, qu’ils ou qu’elles débutent dans la profession ou la pratiquent depuis des années.
Exercer son ministère à temps partiel et renoncer au concept de la profession, c’est aussi prendre conscience qu’il s’agira de compter sur toute une équipe pour organiser la vie de la paroisse: diaconie sociale, catéchistes, sacristains, membres des autorités et bénévoles. S’éloigner d’un ministère individuel et polyvalent pour recourir davantage au travail en équipe où chacun peut exprimer ses talents en fonction de ses capacités: là aussi, l’idée est tout sauf nouvelle, puisqu’elle est appliquée en maints endroits, mais le moment est peut-être venu de davantage la mettre en avant et d’en discuter dans le cadre de la formation initiale et de la formation continue.

La culture change, la mission reste immuable
Lors d’une formation continue, un participant a décrit la situation comme suit: «C’est une culture ecclésiale qui disparaît, elle change, mais l’Evangile reste intouché». Si la culture ecclésiale change, l’image du pasteur change elle aussi – mais la mission de proclamation de l’Evangile reste immuable.
La mutation de l’image de l’Eglise et de celle de la profession m’attristent: la pression que subissent nombre de pasteur-e-s me préoccupe. Et cette pression, ils, elles la ressentent qu’ils entrent nouvellement dans la profession, qu’elles soient actives depuis des années ou qu’ils assurent des remplacements après leur retraite, permettant ainsi de maintenir une vie paroissiale à bien des endroits.
Et pourtant, il me tient à cœur d’envisager l’avenir avec confiance, certaine que les futur-e-s pasteur-e-s sauront remplir leur rôle comme l’exige l’Evangile.

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