Karlsruhe 2022

IP-1-2022-Serge-Fornerod1 (Foto: Mark Haltmeier)

Où en est le mouvement œcuménique? A quelques mois de la 11e Assemblée générale du Conseil œcuménique des Eglises COE, Serge Fornerod esquisse les perspectives de «Karlsruhe».
Serge Fornerod
Le thème de Karlsruhe comme indicateur et moteur du renouveau œcuménique
«Christ’s love moves the world to reconciliation and unity». Le thème de l’Assemblée de Karlsruhe donne des indications sur la manière et l’orientation que le COE souhaite donner au mouvement œcuménique ces prochaines années. Un commentaire du COE sur ce thème et un autre de votre serviteur sur le site de l’EERS (*) explicitent avec plus de détails ce qui est en jeu ici. Je souligne succinctement quelques éléments:
1. La mention très explicite de l’amour du Christ en tant que moteur de toute chose est la clé principale. L’amour est la définition la plus courte que tous connaissent au sujet de Dieu: Dieu est amour et c’est dans la personne du Christ qu’il le manifeste et qu’il se dévoile. Rien de plus. Rien de moins. Tout est là: au tout début de la phrase qui va mobiliser Karlsruhe, au commencement, il n’y a que l’amour du Christ. Pourtant, ce terme de «l’amour du Christ» n’a jamais joué un rôle dans les débats œcuméniques des dernières décennies. Depuis Vatican 2, cela n’a jamais été mis en avant comme objet de l’œcuménisme. L’amour que le Christ a montré est la méthode, la clé, l’attitude à mettre en œuvre pour faire avancer le monde. Ce n’est plus une approche cartésienne, académique, intellectuelle de l’unité, mais holistique, qui prend en compte l’ensemble de la personne humaine: le corps, l’esprit et le cœur.
2. Ce motif de l’amour résonne encore dans le mot clé suivant: moves, mène, amène. Le terme anglais exprime mieux l’ambiguïté voulue ici: il ne s’agit pas seulement de faire avancer les choses, mais d’être touché (berührt, moved), interpellé, mu et ému par l’état du monde bien sûr, mais aussi par l’autre chrétien, l’autre expérience d’être Eglise, l’autre opinion sur l’unité. En français, comme en anglais et en allemand, le verbe «bouger, mouvoir, bewegen, move» est aussi utilisé pour parler des émotions. C’est l’œcuménisme du cœur. Non pas du sentimentalisme, mais le partage d’une émotion liée à son parcours personnel dans la foi. Une autre formulation pour désigner cette attitude est le «receptive ecumenism». Le COE fait un pas de plus. Il ne s’agit pas seulement de les reconnaître, mais de les recevoir, de les faire résonner, de les faire siens.
Ce terme de «move towards», «mène vers» exprime aussi une nuance importante par rapport aux thèmes des autres assemblées: il s’agit d’un processus lent, et plutôt discret, voire secret. C’est un chemin plutôt qu’un fait, un but. Seul Dieu connaît le but. Nous, nous sommes en chemin. Il n’est pas dit «to», «à», mais «towards», «vers», «en direction». Les Eglises admettent que le chemin vers l’unité est la seule réalité qui les concerne et les convoque. Pas d’affirmation selon laquelle certaines seraient déjà définitivement arrivées au but, ou beaucoup plus près du but, ou auraient de manière définitive et incontestable une connaissance exacte du but.
The world: C’est le monde entier qui doit être «bougé», «moved», pas seulement l’Eglise. Autrement dit: il n’y a pas dans le plan de Dieu de différence qualitative, de nature entre l’Eglise et le monde en ce qui concerne la finalité, l’unité et la réconciliation. Unifier, réconcilier l’un, c’est unifier, réconcilier l’autre.
Réconciliation et unité: Il n’est pas anodin de voir qu’on renonce ici aux vocables habituels dans le mouvement œcuménique de «paix, justice et sauvegarde de la création». Dans la construction syntaxique du thème, ces deux mots sont en quelque sorte le résumé du diagnostic du mal dont souffrent le monde et l’Eglise.
La réconciliation: C’est une réalité plus modeste que la paix. Pour arriver à la paix, il faut d’abord être réconcilié. Non pas se réconcilier mais être réconcilié. Le texte de 2 Co paraphrasé dans le thème montre que seul Dieu est à l’origine de la réconciliation et le faiseur de réconciliation. Les Eglises doivent se laisser réconcilier, le monde a besoin d’être réconcilié: avec la création, avec son passé et son présent de violence, racisme, sexisme et populisme, avec son avenir directement menacé par la crise climatique. L’unité: on est ici dans l’étape qui suit; le résultat de la justice, c’est l’unité. C’est le dernier mot pas seulement de ce thème, mais de l’histoire et de la foi. Unité entre les humains, unité avec la création, unité avec Dieu. Au début de la phrase, mais aussi de l’Histoire, il y a «l’amour du Christ», à la fin, l’unité, l’achèvement. On comprend mieux maintenant: c’est par l’amour du Christ mis en pratique que l’unité des chrétiens se manifeste, plus que par un compromis doctrinal. C’est par l’amour du Christ appliqué dans son esprit, mais aussi à la lettre, que le monde trouvera son unité.
Conclusion: Pendant des décennies, les chrétiens ont insisté pour dire que le COE ou le mouvement œcuménique avait pour but premier d’unir les Eglises sur le plan doctrinal, plus précisément sur le plan ecclésiologique. Cet œcuménisme doctrinal est arrivé apparemment au bout de son potentiel. L’œcuménisme porté par l’amour du Christ ouvre peut-être plus de portes dans le cœur de nos frères catholiques jusqu’au plus haut niveau que des argumentations ecclésiologiques et des définitions académiques. Il faut passer d’un œcuménisme des formes à un œcuménisme du cœur.
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*) » www.evref.ch/fr/
Bereitgestellt: 11.03.2022     Besuche: 73 Monat
 
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