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Calvin, interprète de la Bible

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A partir de 1542, Calvin a fait évoluer la version d’Olivétan vers la Bible française. Sous son impulsion est adopté le principe de révisions successives par des groupes d’experts. Il entend offrir aux non-spécialistes un texte aussi fiable que possible. La Bible française présente un texte solidement encadré. Une introduction théologique générale délivre la vision d’ensemble de Calvin. Une préface particulière présente chaque livre. S’y ajoutent des notes doctrinales amples et abondantes pour guider la lecture, ainsi que des renvois et des glossaires.

Von Vincent Schmid

Cela dénote l’exigence d’une lecture instruite et contrôlée de la Bible, qui repousse le libre-examen des humanistes comme l’illuminisme subjectif. L’étude et le savoir font la différence.
Néanmoins dans ses sermons, pour la plupart improvisés, il lui arrive de citer les Ecritures de manière très approximative. Voire même d’inventer des versets inconnus de la Bible! Il n’utilise pas pour lui-même les versions françaises si laborieusement mises au point. Il enseigne et prêche, texte original en main, et traduit selon de ses besoins.


La clé de l’Ecriture

Pour Calvin, l’interprétation correcte est fournie par la vision théologique globale qui précède l’acte d’interpréter. Il a une vision unitive de l’Ecriture. Esprit synthétique, il vise l’intention de l’auteur. Ce qui lui permet le cas échéant de «restituer en son entier ce qui avait été mal pris, corrompu ou obscurément traduit».
Cette vision s’affine dans les éditions successives de l’Institution chrétienne (IC), que Calvin présente comme «une clé et une ouverture pour donner accès à tous les enfants de Dieu à droitement entendre l’Ecriture».


La révélation est une, l’Ecriture est une

Calvin évoque souvent une alliance unique avec des séquences différentes: «L’alliance faite avec les Pères anciens en sa substance et vérité est si semblable à la nôtre qu’on peut la dire une. Elle diffère seulement en l’ordre d’être dispensée» (IC). L’Ancien et le Nouveau Testament (NT) sont une même révélation sans contradiction.
Donc l’Ecriture appelle une interprétation unifiante et unifiée. Calvin déteste la diversité des interprétation: «Vrai est que la parole de Dieu nous doit être en telle révérence que le moins qu’il se pourra faire, nous la disjoignons par diversité d’interprétations».
Cela est vrai aussi pour les Evangiles synoptiques. Pour les commenter, Calvin choisit le système de l’harmonie évangélique consistant à composer un seul récit à partir des trois synoptiques, puisque, par définition, les évangélistes ne peuvent pas se contredire.


Interpréter, c’est éplucher la Loi

«D’où est-ce que NSJC et ses apôtres ont puisé leur doctrine, sinon de Moïse? Quand on aura bien épluché tout, on trouvera que l’Evangile n’est qu’une simple exposition de ce que Moïse avait annoncé aupravant». C’est la Loi (au sens de Torah) qui constitue le principe d’explication de l’Evangile et pas l’inverse. Il faut chercher en Christ tout ce qui lui est attribué par la Loi et les Prophètes. Il s’agit de «confirmer et prouver les points du NT par les témoignages de l’Ancien». Lire l’Ecriture revient à opérer une jonction étroite entre la partie juive et la partie chrétienne en prenant soin de ne jamais renverser l’ordre de préséance – au juif d’abord, au grec ensuite…
Lorsque le NT cite l’Ancien dans la version grecque de la Septante, Calvin recourt à l’original hébreu et traduit d’après cet original. Il ne sent pas lié par la forme que les auteurs du NT ont jugé bon de donner à telle ou telle parole de l’Ancien.


Les commentaires juifs

Commencer par la Loi, cela veut dire se mesurer aux commentateurs de la Loi, qui sont en priorité les rabbins. Calvin manifeste un intérêt soutenu pour la tradition herméneutique juive, tantôt pour s’en inspirer, tantôt pour la réfuter. Mais il est en débat constant avec elle.
En posant comme règle de foi le retour aux Ecritures, la Réforme a favorisé la redécouverte du patrimoine hébraïque. Non que Calvin ait eu le temps de l’explorer à fond, mais il y a accès par la Bible de Bamberg, qui signale le long du texte hébreu les principales explications rabbiniques, et par des compilations du Talmud destinées à un public non-juif, qui circulaient depuis Reuchlin. Il a le double réflexe de respecter l’esprit particulier de l’hébreu et d’aller voir ce que dit la tradition juive sur ses propres textes.
Concernant le vocabulaire hébraïque, ce sont les «docteurs hébreux» qui font autorité pour Calvin. Ils sont les détenteurs du génie de cette langue, c’est à eux qu’il faut recourir pour établir le sens spécial que les mots revêtent chez Moïse et les Prophètes.
Il n’est pas intéressé par les midrachim et les allégories. Parfois il trouve que les rabbins sont trop hardis dans leurs inventions. Au psaume 103, il brocarde la «fable» inventée à propos de l’aigle: «Je confesse bien que ce que disent les docteurs hébreux est souvent vrai, mais non pas toujours!» Mais Calvin n’est pas un mystique. Il est naturellement proche d’une méthode de raisonnement serrée hermétique aux «rêveries phantastiques». En toute circonstance, il maintient sa ligne d’un sens du texte «clair, simple et naturel» obéissant à la méthode grammaticale et philologique telle que définie par les humanistes.
C’est sans doute la raison pour laquelle il n’a pas commenté l’Apocalypse. Dans la préface à ce livre dans la Bible française, il s’estime trop ignorant pour le commenter. L’Apocalypse exigerait, selon lui, un très grand savoir, qu’il n’a pas. En fait, il se méfie des débordements mystiques et millénaristes auxquels ce texte peut donner lieu. C’est une constante chez cet amoureux inconditionnel de l’ordre.


Le rapport à la tradition

Calvin manifeste une forte indépendance par rapport aux traditions de lecture, notamment scolastique. La Réforme a hérité de l’humanisme cet apport décisif. Tandis que le Moyen Age pense à travers la chaîne des maîtres, la nouvelle école veut penser par elle-même. On n’est plus obligé d’aller chercher le sens d’un passage auprès de tel ou tel commentateur autorisé.
La rupture avec la scolastique ne signifie pas une ignorance de la patristique, loin de là. Calvin suit en gros les schémas patristiques. Mais de contraignante, la tradition devient référence libre. Et Calvin puise à son aise dans cette vaste bibliothèque.


Le lien exégèse-prédication

Calvin est avant tout un professeur-pasteur, c’est-à-dire un bibliste doublé d’un prédicateur. Non seulement, il se montre soucieux d’établir une exégèse solide, mais tout autant, il a le souci de «communiquer». Il répète que le but général de l’étude de l’Ecriture est de «profiter aux gens».
A travers le texte et son interprétation arrive un moment où Dieu adresse sa parole au lecteur. C’est le moment de la «Parole de Dieu» qui, aux antipodes d’une conception magico-fondamentaliste, désigne ce qui se passe quand l’Ecriture est étudiée à la lumière finale du témoignage intérieur du Saint-Esprit.
L’Ecriture est ainsi «le miroir de l’âme humaine» aussi bien que celui de la saine doctrine.
Ce miroir n’est pas une échappatoire vers l’intemporel. Calvin reste constamment réceptif à l’actualité de son temps et l’examine à la lumière de l’Ecriture.
Il se tient au courant de la recherche de son temps – il lit les derniers écrits de Bucer, Musculus, Bullinger, Mélanchton – et il en tient compte pour lui-même. Il entend bien «profiter des écrits des autres».
Sous les espèces de la clarté et de l’accessibilité, Calvin a fondé l’exégèse réformée, à la fois savante, cultivée et visant à l’approfondissement de la vie personnelle. Il a mis la grande clarté française au service de la Parole de Dieu.

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publiziert am 18.12.2009



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